Livres

Sankhara – Frédérique Deghelt

Ne pas faire d’un lieu un endroit quotidien qu’on ne regarde plus… Ce doit être valable aussi pour les êtres avec lesquels on vit.

J’allais écrire bien sûr, mais surtout, je ne pourrais jamais plus refermer la porte que j’avais ouverte, ni oublier ce qui m’a fait comprendre qu’être humain, c’est s’incarner un temps pour acquérir le pouvoir de traverser nos murs.

Sankhara-Frédérique Deghelt

Un nouveau roman de Frédérique Deghelt et forcément, je suis au rendez-vous, elle est une auteure que j’apprécie beaucoup, ses livres sont toujours empreints de profondeur et de sensibilité et incitent à la réflexion. Si vous ne connaissez pas cette auteure, plongez-vous dans La vie d’une autre adapté au cinéma en 2012, ou dans le magnifique La nonne et le brigand, ou dans le très beau La grand-mère de jade.

Avant de commencer ce billet et après quelques recherches je vais tenter d’expliquer le titre  :

L’esprit et le corps sont inextricablement liés, le schéma profond de l’esprit est tel qu’à chaque fois que nous vivons un événement positif ou négatif, le corps y réagit par une sensation. Dans le cas d’une grosse colère, d’un désir intense, nous en sommes conscients : le cœur s’accélère, la chaleur monte, etc. Mais c’est également le cas pour toute aversion et toute avidité, même minime : sans que nous nous en rendions compte, le corps génère une sensation, qui restera ensuite enregistrée pour toujours au plus profond de notre inconscient, le Bouddha nomme cela un sankhara. Chaque jour nous générons des milliers de sankharas, résidus de nos désirs et de nos aversions, qui s’accumulent au fond de notre esprit et le contaminent, l’empêchant de vivre en paix. Siddharta Gautama, le Bouddha, a découvert il y a de cela 25 siècles une technique unique de méditation, visant à abolir la frontière entre l’esprit et le corps et à faire surgir les vieux sankharas des profondeurs de l’inconscient, pour qu’ils disparaissent. C’est une sorte de purification de l’esprit.

Revenons au livre de Frédérique Deghelt :

Hélène mère au foyer est en couple avec Sébastien journaliste à l’AFP. Depuis l’arrivée des jumeaux, le couple traverse une crise. A la suite d’une dispute un peu plus violente, Hélène décide de partir à un stage de méditation Vipassana en pleine campagne. Avant de partir, elle laisse une lettre à son mari dans laquelle elle dit qu’elle reviendra dans 10 jours, sans lui donner d’explications. Dix jours pour faire le bilan… Comment vont-ils vivre les dix jours de séparation et comment vont-ils traverser individuellement cette crise qui se joue dans leur couple ?

Le dernier opus de Frédérique Deghelt n’est pas un manuel de méditation, même si je pense que l’auteure a dû expérimenter la pratique pour en parler aussi bien.
Le roman se présente comme une succession de chapitres, consacrés tour à tour aux deux personnages de l’histoire. On va les suivre pendant 10 jours dans leur quotidien, dans les étapes de leur quête, dans leurs interrogations, leurs tourments et leur évolution. Hélène va vivre une expérience intense et introspective à travers cette retraite silencieuse. Elle fera une pause dans sa vie dans un lieu propice à l’ intériorité. Dix jours sans parler, sans téléphone portable, déconnectée du monde, pendant lesquels elle pratiquera 10 heures de méditation. Dix jours pour essayer de se redécouvrir et y voir plus clair dans sa vie. Et Sébastien va se confronter à ce qui se passe en lui en l’absence de cette femme. Il sera affecté par ce départ, il s’imaginera le pire, il pensera qu’elle le trompe, il s’interrogera sur son rôle de mari, de père. Et puis il va être plongé en tant que journaliste dans l’actualité tragique du 11 septembre, il va vivre ces moments difficiles seul, sans pouvoir joindre sa femme et sans savoir que sa femme ignore tout de ce qu’il se passe dans le monde…

Très beau roman où s’imbriquent l’intime et le collectif. L’auteure nous parle de l’intime de ce couple, de leur vie intérieure mais aussi de l’intime qui se joue dans le monde.
Peut-être quelques longueurs, mais cela n’entache pas pour autant le plaisir de lecture.

 

Merci à Wal, pour le prêt de son bouddha dormeur 🙂

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